L'Association Amoureux
d'Art en Auvergne

 

Vie de l'association

Conférences gratuites

Nos prestations

Théâtre de l'Ouvroir

Édition

Musique

Peinture
et Sculpture

 

Nos conseils

Adhérer à l'association

Contact

Liens

 

 

 

 

Le baron de Batz
1754 – 1822
Un conspirateur sous la Terreur

Une conférence de
Jean-Pierre BELLON

Lundi 24 novembre 2008
à 20 heures 30
Centre Jean-Richepin
Clermont-Ferrand

 

   

On peut voir au cimetière d’Authezat, en assez mauvais état cependant, la tombe du baron Jean de Batz. Ce personnage énigmatique qui sera poursuivi par toutes les forces de police durant la période de la Terreur révolutionnaire, ce conspirateur qui avait tenté de sauver Louis XVI de l’échafaud le 21 janvier 1793 et de faire échapper Marie-Antoinette de sa prison du temple puis de la Conciergerie, a, en effet, fini ses jours en Auvergne au château de Chadieu où il s’est éteint en janvier 1822.

Est-il une sorte de « d’Artagnan de la révolution » française, selon la formule de Marina Grey ? Un héros prêt à tout pour sauver la famille royale comme l’ont décrit plusieurs romans dont un très récent[1] ? Ou bien un « Don Quichotte de la fidélité royale », la formule est de Stephan Zweig, un aventurier sans scrupule dont les conspirations n’ont évidemment permis de sauver ni le roi ni la reine mais ont conduit à l’échafaud pratiquement tous ceux qui de près ou de loin ont été ses associés ?

Démêler la légende de la réalité

 En observant attentivement la tombe du baron, on est frappé par un détail troublant : les deux plaques apposées près de la sépulture n’indiquent pas la même date de naissance.  Sur la pierre d’origine, celle qui a été posée sur la tombe au moment de son décès, est gravée l’inscription: « Ici repose Jean Baron de Batz, Maréchal de camp des armées du Roi, Chevalier de Saint-Louis, né le 5 décembre 1760, décédé à Chadieu le 10 janvier 1822 ». Mais sur le mur du cimetière, juste au dessus de la tombe, on peut voir une autre plaque avec la mention : « Ci gît Jean baron de Batz, Maréchal de camp des armées du roi, Chevalier de Saint-Louis, né à Tartas 1754, mort à Chadieu, 1822 ». Etrange personnage dont la propre femme qui a fait graver son épitaphe ignorait la véritable date de naissance. Nous verrons tout à l’heure l’importance de cette énigme.

 Descendant de Manaud ?

 En réalité Batz est né à Tartas, près de Dax, le 26 janvier 1754. Son père, Bertrand de Batz d’Armanthieu (1720-1803), était lieutenant criminel de la sénéchaussée de Tartas. Sa mère,  Jeanne Marie Catherine de Laboge, est née en 1730[2]. Une sœur aînée, Anne, serait morte à la naissance[3]. Le jeune Jean fait ses études au collège royal de Pau, puis à Bordeaux. A dix-huit ans, il s’engage dans l’armée, dans le régiment des dragons de la Reine. Il est nommé sous lieutenant puis capitaine. C'est à l'armée qu'il fait la connaissance de trois gentilshommes dont nous aurons l’occasion de reparler et qui resteront ses proches jusqu’à leur mort tragique. Le prince de Saint-Mauris[4], le comte de la Guiche[5]  et le marquis de Pons[6] sont tous les trois morts guillotinés en juin 1794

En cette seconde moitié du XVIIIème siècle, Alexandre Dumas n’a pas encore rendu célèbre Charles de Batz, plus connu sous le nom de sa mère, d’Artagnan. L’aïeul célèbre à cette époque, c’est Manaud de Batz, celui qu’on surnomme Manaud le Faucheur et qui en 1577 sauva la vie d’Henri de Navarre, le futur Henri IV dont il était l’un des compagnons d’armes. La famille du baron de Batz est-elle parente à Manaud le Faucheur ? C’est là une autre énigme de la biographie du baron. Quatre ans avant la naissance de Jean de Batz, en 1750, son père, Bertrand, avait présenté à Louis Pierre d’Hozier[7], le généalogiste du roi, un dossier visant à établir la parenté des Batz d'Armanthieu dont il est le descendant avec les Batz de Trenquelléon, la branche de Manaud le Faucheur. Mais d'Hozier avait apporté une réponse négative à sa requête.

Jean de Batz devenu adulte décide de renouveler la requête de son père et adresse à Chérin, le successeur de d’Hozier,  une généalogie destinée à prouver que sa famille descend en ligne directe du compagnon d’Henri IV. Mais Chérin se montre aussi intraitable que son prédécesseur et répond au sujet des documents qui lui sont fournis « qu’il ne pouvait se déterminer  à [les] déclarer valables ni prononcer qu’ils étaient faux[8] ». Mais Jean de Batz est plus obstiné et surtout beaucoup plus ambitieux que son père. Etablir la parenté entre les Batz d’Armanthieu et les Batz de Trenquelléon, c’était obtenir la garantie que sa noblesse était antérieure à l’an 1400, c'est-à-dire la condition impérative pour être présenté à la cour, monter dans les carrosses royaux ou suivre le Roi à la chasse. Aussi, passant outre les doutes de Chérin, Jean de Batz s’adresse-t-il directement au roi Louis XVI et obtient, fait inhabituel, qu’une commission spéciale composée de onze membres réexamine les pièces contestées par le généalogiste du roi. Il faudra six années de procédure pour qu’enfin la commission reconnaisse l’ancienneté de la noblesse des Batz d'Armanthieu en la faisant remonter à l’année 1160. Le roi reconnaît la noblesse de Batz en lui envoyant ses lettres patentes en date du 5 mars 1785. Et au printemps de 1785, Jean peut se rendre à Versailles et enfin monter dans les carrosses du roi. 

La commission spéciale n’avait cependant pas été unanime à reconnaître l’authenticité des pièces fournies par Jean de Batz. Sur les onze membres un seul avait continué à s’y opposer fermement. Il s’agissait de Bernard Chérin, le généalogiste du roi...

pour lire la suite contacter  à l'auteur de la conférence.