Entre
sources et volcans
Royat

La
très active Madame Claude Mathevet
Entretien avec
Claude Mathevet
Les personnes qui se dévouent et agissent sont rares. Claude Mathevet est de
celles-là. Elle œuvre pour l’avenir de sa ville, Royat, en particulier par le
sauvetage, la reconversion et la mise en valeur du patrimoine architectural
thermal.
Elle affirme que son action ne serait rien sans l’aide de son mari,
premier-adjoint, qui, en charge de la gestion de la Régie Municipale des Eaux
Minérales de Royat (R.M.E.M.R.), lui a notamment permis d’accéder aux Archives
de cet organisme (archives conservées au Castel-Sévigné).
Éléments de biographie
Auvergnate et fière de l’être, Claude Mathevet naquit à Issoire. Son père Jean
Brugière, ingénieur des Ponts et Chaussées, réalisait des ouvrages d’art,
notamment en béton armé, et ces constructions marquèrent l’esprit de la jeune
Claude Brugière, ce qui, plus tard, conséquemment, favorisa son attirance pour
l’architecture.
Enfant, elle fut très marquée par un enseignement d’histoire locale dispensé à
l’école communale. Le point de vue régional lui ouvrait les horizons de
l’Histoire, avec un grand « H », et entretenait le feu de son amour pour
l’Auvergne.
Elle s’engagea dans ses études supérieures à Lyon où elle réussit en
Propédeutique. Mariée à Albert Mathevet, elle poursuivit à Clermont-Ferrand une
licence de Lettres Modernes qui comportait en particulier une Unité de Valeur
intitulée Études Régionales, puis suivit une maîtrise sous la direction du
professeur Michel Lioure (mention « Très Bien »).
Mère de quatre enfants, elle attendit que ceux-ci soient engagés dans la vie
pour reprendre des études. Toujours passionnée d’Histoire de l’Art, elle obtint
sa licence d’Histoire de l’Art et d’Archéologie à la Faculté des Lettres de
Clermont-Ferrand en 1990 (mention « Assez Bien ») ; dans ce cadre, elle
accomplit nécessairement les différents stages : fouilles archéologiques, Fonds
Régional d’Art Contemporain (F.R.A.C.), à Clermont-Ferrand, et Musée de Roanne.
Leur chère ville de Royat
Habitant depuis 28 ans à Royat, les Mathevet se dévouèrent pour leur cité.
Claude Mathevet fut tout naturellement sensibilisée à la valeur de
l’architecture de la ville.
Bénévole, elle œuvra, notamment de 1980 à 1985, à la Bibliothèque Thermale
(créée vers 1938-1940), où elle était chargée plus spécialement de l’animation :
comptes rendus de livres, conférences, petites expositions, découvertes
d’auteurs ou organisation de rencontres d’auteurs.
Après ses études d’Histoire de l’Art, Claude Mathevet écrivit de nombreux
articles pour les bulletins municipaux de Royat, en particulier sur l’histoire
du thermalisme, sur le passé et sur les différents aspects de la vie et de
l’architecture thermale de Royat. Elle s’intéressa à la biographie et à l’œuvre
du sculpteur Raoul Mabru (1882-1957), dont l’atelier était situé dans l’ancien
bourg de Royat. Pour l’Office de Tourisme, elle rédigea des fiches de circuits
de découverte de la ville, de ses monuments et de leurs décors.
L’élection de son mari, en 1995 et en 2001, à la Municipalité de Royat, a
certainement servi l’action de Claude Mathevet en faveur du sauvetage du
patrimoine thermal.
Les Bains de Saint-Mart
Dès 1999, un premier chantier de restauration, conduit par les architectes
mandatés Christine et François Descœur, concerna l’établissement thermal des
Bains de Saint-Mart, ou Fontaine des Goutteux, bâtiment désaffecté.
Christine Descœur suggéra alors à Claude Mathevet de laisser un travail écrit
sur l’état originel de l’édifice, construit sur les plans de l’architecte Louis
Jarrier (1862-1932), sur son histoire et sa vocation au sein de la station
thermale. Cette publication parut en 2000.
Christine et François Descœur entreprirent d’abord la mise hors d’eau et hors
d’air pour la restauration extérieure, puis ils procédèrent à la restauration
intérieure. La restauration des Bains de Saint-Mart reste une réalisation
exemplaire.
Pendant ce temps et grâce à son mari, Claude Mathevet découvrait dans des
greniers poussiéreux un important matériel thérapeutique du début du XXe
siècle appartenant à l’histoire thermale de Royat. Aussitôt, elle établit un
inventaire complet du mobilier, des instruments médicaux, de ces témoignages et
souvenirs du thermalisme. Puis cette collection fut présentée à l’Hôtel de Ville
avant d’être définitivement installée dans la Fontaine des Goutteux, selon une
scénographie conçue par Xavier Zwiller. Ainsi, une fois rénové, cet
établissement, voué tout d’abord à la destruction, fut-il transformé en lieu de
mémoire du patrimoine thermal.
Si, en accord avec Xavier Zwiller, Claude Mathevet rédigea les panneaux de
l’exposition et un livret d’accompagnement, il ne faut oublier l’action très
constructive de Claudie Cyprien, adjointe à la Communication. Enfin, grâce à
Olivier Paradis, le Musée fut doté d’une maquette tactile à l’usage des
déficients visuels.
Le Théâtre du Casino
Avec le Théâtre du Casino de Royat, Claude Mathevet se retrouve doublement :
littérature avec la scène du Théâtre et Histoire de l’Art avec l’architecture et
la décoration.
Sur l’impulsion de Jean-Louis Jam, musicien, musicologue et enseignant à
l’Université, elle commença par réaliser en 1990 un mémoire sur cet édifice, qui
ferma ses portes à ce moment-là. Cependant, elle ne put réunir que peu de
documentation sur l’histoire du bâtiment. Certes, elle le visita de fond en
comble, prit des dimensions et parvint à faire récupérer par la Municipalité
l’une des deux maquettes qui avaient tenté des visiteurs indélicats.
Malheureusement, la plus belle des deux ne put être retrouvée.
Sans se décourager, elle persévéra et suivit les conseils de Jean-Claude
Bouillon, professeur d’Histoire de l’Art à l’Université. Elle multiplia les
recherches, soit aux Archives Municipales de Royat, soit parmi les archives
thermales où sont conservés de nombreux journaux ayant trait à la vie de la
station aux XIXe et XXe siècles.
Pour une meilleure compréhension de l’édifice, elle conduisit une étude
comparative concernant les théâtres de villes d’eaux en France, puis ceux des
villes d’eaux de l’Auvergne. Surtout, elle put établir un parallèle avec le
Théâtre des Bouffes Parisiens et le Théâtre Municipal de Morlaix, tous deux
construits sur les plans de l’architecte Théodore Charpentier (1828-1902),
architecte du Théâtre du Casino de Royat. De fait, en 2007, elle parvint à faire
paraître à compte d’auteur un livre sur ce théâtre.
Pour la restauration de l’édifice, des travaux urgents ont commencé, pris en
charge par la Municipalité de Royat, propriétaire des lieux, la Municipalité de
Chamalières, commune d’implantation, le groupe Partouche, concessionnaire du
Casino, et la Fondation du Patrimoine, dont le délégué départemental est Pierre
Mazataud, professeur honoraire d’Histoire et de Géographie à l’Université.
L’intérêt de la restauration, de la mise en valeur et de la reconversion du
Théâtre du Casino de Royat est multiple : Clermont-Communauté manquant de salles
culturelles (surtout avec la fermeture du Théâtre Municipal de Clermont-Ferrand)
y trouvera un lieu de spectacles ; ce lieu contribuera aussi à démontrer
l’intérêt du passé culturel de Royat ; de plus, ce théâtre rénové permettra de
faire renaître et s’épanouir la création artistique à Royat.
L’idée d’aménager une salle multifonctions a été retenue comme la plus
pertinente.
Claude Mathevet et ses projets
La très active Claude Mathevet ne manque pas de projets : elle continue d’écrire
sur les anciens palaces de Royat et approfondit ses travaux sur l’œuvre du
sculpteur Raoul Mabru.
Pour Claude Mathevet, il convient absolument de sensibiliser la population sur
la valeur du patrimoine artistique de nos villes. Pour elle, il faut continûment
en parler car, hélas, ce patrimoine disparaît peu à peu, privant le futur de ses
racines et de l’exploitation des œuvres d’art par le tourisme culturel.
Février 2008